• Léa

La méthode ROPA ou Maternité partagée : informations & témoignage

La méthode ROPA fait de plus en plus parler d’elle ces dernières années, et pour cause, elle permet dans un couple de femmes, d’impliquer physiquement les deux Mamans dans la procréation de leur enfant. Je vous explique un peu de quoi il s’agit, et vous laisse ensuite lire le témoignage de Coraline & Orianne qui attendent leur bébé grâce à ce processus.

Disclaimer : pour simplifier la lecture, je parlerais ici de mère donneuse (celle qui donne ses ovocytes) et mère porteuse (celle qui porte bébé).


Cette méthode est donc valable seulement pour les couples de femmes car il s’agit de prélever chez la mère donneuse, des ovocytes, de les féconder in vitro avec le sperme d’un donneur, puis d’implanter un des embryons dans l’utérus de la mère porteuse. Ce n’est ni plus ni moins qu’un processus de FIV (fécondation in vitro) classique, à la seule différence que les ovocytes utilisés sont ceux de sa partenaire.


C’est un très beau moyen d’impliquer les deux mamans dans la grossesse à part entière, et que chacune ait son rôle à jouer.


Le pays qui semble être le plus propice à cette méthode, selon moi, est une fois de plus le Portugal, car il n’y a aucune obligation d’être mariées pour se lancer dans le protocole (contrairement à l'Espagne), et le choix du donneur est libre (anonyme ou non-anonyme / banque de sperme nationale ou Cryos). 


Un point sur la loi

Les mères se demandent souvent ce qu’il en est concernant la filiation de leur enfant. En France, c’est très simple : c’est la mère qui accouche qui est déclarée comme étant mère du bébé. La mère donneuse devra entamer une procédure d’adoption pour être reconnue mère à part entière, d’un bébé qui pourtant, porte ses gênes. C’est injuste mais pour le moment en France, c’est ainsi.

Autre détail important, il n’est absolument pas prévu par la future loi de Bioéthique une légalisation de cette pratique, cette méthode ne sera pas possible en France, même une fois la PMA pour Toutes adoptée.

Enfin, les + et les - de la méthode

Les points positifs :

- L’implication de la seconde mère dans la grossesse en devenant mère donneuse, c'est un réel projet à deux.

- De plus grandes chances de réussite en passant par un processus de ROPA que d’insémination simple (la FIV est plus efficace en terme de pourcentage de réussite que l’insémination).

Du côté des points plus négatifs :

- Un coût plus important qu’une insémination, un peu moins de 5000€ par exemple au Portugal contre 1200€ pour une insémination.

- Le cadre juridique en France qui ne protège pas la mère donneuse tant qu’elle n’a pas adopté son bébé

- Les potentielles complications, comme l’a vécu Coraline, dans le témoignage suivant.

Et comme un témoignage est bien plus intéressant que des points de loi ou des statistiques, je vous laisse avec l’histoire de Coraline & Orianne, qui ont répondu pour vous à toutes les questions posées sur mon compte Instagram à ce sujet :)

Hello les filles, vous nous parlez un peu de vous, de votre couple et de votre parcours ?


Nous sommes Coraline, 30 ans : mère donneuse & Orianne, 34 ans : mère porteuse.

Nous nous sommes rencontrées le 2 Juin 2012 à la Marche des Fiertés de Nantes grâce à nos petites-amies respectives (oups!). Je (Coraline) venais juste d’engager mon déménagement pour retourner à Lille (ma ville natale), j’ai donc quitté Nantes quelques jours après notre rencontre. Très vite, Orianne m’a recontactée sur les réseaux sociaux et nous avons ainsi appris à nous connaître. Le coup de foudre que nous avons eu l’une pour l’autre n’a fait que se confirmer, c’est la raison pour laquelle nous avons quitté nos copines respectives. J’ai fait mes valises pour retrouver Orianne le 21 Août 2012 et depuis, on ne se quitte plus. Nous nous sommes pacsées en Septembre 2013 et avons vadrouillé dans différentes régions pour arriver en 2016 à Bordeaux.

Comment est né votre désir d’enfant à toutes les deux ?

Coraline :

Je suis issue d’une famille recomposée avec 3 frères et 1 sœur, ma mère était assistante maternelle. Bref, j’ai toujours été entourée de beaucoup d’enfants et j’ai toujours su qu’avoir un enfant serait un grand bonheur pour moi. Je n’étais pas du genre à me lancer “n’importe quand et avec n’importe qui”, mais plus les années passaient avec Orianne, plus mon désir s’agrandissait. On essayait de réunir toutes les conditions pour le faire : la stabilité au travail, trouver une ville dans laquelle on envisageait de se poser quelques années etc. En Février 2019, Orianne a eu une grosse douleur au niveau du bas ventre. Quelques jours passés à l’hôpital et après de nombreux examens, le verdict tombe, Orianne est atteinte d’endométriose.

On connaissait la maladie, de nom, de loin. Nous nous sommes donc donc renseignées, avons cherché des spécialistes et nous sommes rendues compte que cette maladie pouvait poser de nombreux problèmes pour tomber enceinte.

Depuis le départ, Orianne a été très claire, elle souhaite porter un enfant. Quant à moi, la grossesse est quelque chose qui m’a toujours fait peur, il nous a donc toujours semblé évident qu’Orianne porterait l’enfant, du moins le premier (si deuxième ou troisième il y a).

Lorsque le diagnostic est tombé, ça a été l’électrochoc, Orianne avait donc 33 ans à l’époque et il ne fallait pas tarder à faire des essais de PMA car on sait tous que cela peut être long, encore plus lorsqu’on a de l’endométriose. C’est tout naturellement qu’Orianne et moi nous sommes dites prêtes à se lancer dans l’aventure.

Orianne :

Quant à moi j’ai des parents divorcés et une sœur plus âgée (de 4 ans de plus que moi dont je ne suis pas très proche) et est partie tôt de la maison.

J’ai su être très indépendante dès petite, m’amuser seule ou de manière moins glorieuse : souvent mise devant la télévision. De par mes parents, j’ai eu deux situations familiales différentes, deux statuts sociaux et financiers différents ce qui, probablement, ne m’a pas aidé à me projeter dans la construction de ma propre famille.

Cependant j’ai toujours vécu dans une famille très ouverte d’esprit et sociable, ce que je pense être également, n’ayant jamais eu de mal à rencontrer de nouvelles personnes et à m'intégrer. Comme l’a écrit Coraline, j’ai eu besoin de me sentir en sécurité sur le papier pour entreprendre les démarches ; j’allais avoir un cdi d’un métier que j’aime, une ville qu’on adore, mes parents pas loin, et des amis sur qui nous pouvons compter. A ce moment-là, je m'étais même dit “oh oh les fameux critères approchent et je n’y pense toujours pas...”.

Mais voilà que le diagnostic de l'endométriose et d’une réserve ovarienne proche du zéro arrive !


Le déclic : “Chérie, on contacte un spécialiste de l'endométriose et une clinique PMA et on commence tout."


Qu’est ce qui a motivé le choix de la méthode ROPA ?

Au départ, lorsque l’on a commencé les démarches pour la PMA, nous partions sur une FIV classique. Orianne a donc passé tous les examens nécessaires et malheureusement les résultats n’étaient pas en sa faveur. Endométriose, taux AMH faible, peu de follicules… Le gynécologue nous a annoncé qu’Orianne allait devoir faire une double stimulation sur plusieurs mois avec transfert d’embryons congelés. Donc encore un coup supplémentaire ! On a beaucoup réfléchi, la nouvelle a été dure à encaisser.

Le docteur, tout en nous laissant le choix évidemment, nous a alors parlé de la méthode ROPA. On en avait déjà entendu parler, mais avant de connaître tous les éléments qui pouvaient perturber notre projet, nous pensions d’abord aux gènes que la mère qui porterait l’enfant pourrait lui transmettre.

Il ne nous a pas fallu beaucoup de temps pour nous dire qu’en fait l’idée nous enchantait, alors… pourquoi pas ! Ce potentiel bébé aurait un peu de Coraline et un peu d’Orianne. On faisait un bébé à deux quoi ! On a trouvé ça magique. Par contre avec cette clinique en Espagne il fallait être mariées. Alors pause de quelques mois le temps de préparer notre mariage. Un tout petit mariage avec 23 invités qui ont tous été mis au courant de notre situation et de notre projet et qui nous ont fait un mariage authentique et plein d'émotions car c’est eux qui ont décoré et organisé une grande partie de la journée.

Est-ce difficile pour la mère « porteuse » de renoncer à transmettre son patrimoine génétique ? Et parallèlement, est-ce difficile pour la mère « donneuse » de renoncer à la grossesse, et de subir une stimulation + ponction ?

Orianne :

Pas du tout ! Je n’y pense pas en fait. J’ai l’impression que ce sont mes gènes puisque je suis la maman qui porte. Je pense que ce qui pourrait rendre “la chose” difficile ce sont les autres avec leurs questions ou réflexion de type “quelle méthode” “oh il ressemble à coraline c’est drôle” “qui est la mère biologique” (je commence à détester le mot biologique, il ne fera plus jamais parti de mon vocabulaire je pense!).


Coraline :

Ma plus grande crainte lorsqu’on s’est lancées dans le parcours PMA était la stimulation. J’étais consciente que l’endométriose dont Orianne souffrait pouvait être aggravée par une stimulation ovarienne. Lorsqu’on nous a parlé de la ROPA j’ai évidemment été enchantée par le fait de participer entièrement à la grossesse, de “faire ma part” comme on dit mais j’ai surtout été très soulagée par le fait de savoir que c’était moi qui “subirait” la stimulation. Mes inquiétudes pour la santé d’Orianne se sont envolées et je me suis sentie beaucoup plus légère.
Je n’ai cependant par trop exprimé ma joie car je voulais d’abord l’aval d’Orianne. Qu’elle renonce à donner naissance à un bébé portant ses gènes était un travail que j’estimais qu’elle devait faire seule. Moi j’avais “le beau rôle”, il était, selon moi, facile à accepter en ce qui me concerne et je ne voulais pas influencer sa décision.
Renoncer à porter l’enfant n’a pour ma part pas été compliqué. J’ai un besoin constant de tout contrôler et la grossesse m’a toujours fait très peur par rapport à ça, les changements hormonaux, l’évolution du corps, avoir un petit être vivant en moi... Pour le moment ça suscite plus de craintes en moi que de bonheur. Alors être la donneuse me convient parfaitement, je vis la grossesse différemment et je pose toujours un tas de questions sur ce que ressent Orianne mais je me plais à le vivre de l’extérieur.


De quoi est constitué le parcours ROPA ? Quelle a été la chronologie de tout ce qu’il s’est passé pour vous ? Quels examens, actes, traitements ?

- Août 2019 : Orianne passe des examens prise de sang (hormonale, sérologique, AMH, caryotype...) et échographie endo-vaginale. Après les résultats, elle doit se faire vacciner contre la rubéole et de ce fait 3 mois de pause obligatoire dans le parcours car il ne doit pas y avoir de grossesse sans anticorps.

- Octobre 2019 : Prise de décision sur la méthode ROPA. Coraline passe les mêmes examens qu’Orianne tout en préparant le mariage prévu le 11 janvier 2020.

- Novembre 2019 : Ordonnance retranscrite par un gynécologue français : direction la pharmacie. Prise d’acide folique pour Orianne.

IRM de contrôle pour l'endométriose pour Orianne et découverte d'adénomyose. Dans la clinique où nous étions, c’est la mère qui va porter qui commence son protocole par la stimulation de son endomètre.

- 11 Janvier 2020 : Arrêt de la pilule en continue (prise pour l’endométriose) d’Orianne. Echographie de contrôle car ses règles n’arrivent pas pour savoir où en est son cycle et estimer la date des règles. Elles arrivent la dernière semaine de Janvier. Du coup Coraline doit prendre aussi une pilule pour ne pas que son cycle dépasse celui d’Orianne.

- 31 janvier 2020 : Premières injections d’Orgalutran tous les soirs à la même heure durant 5 jours. Avec contrôle de l’endomètre par échographie endovaginale. L’endomètre d’Orianne est fin prêt. Elle commence un traitement par voie orale : le Provames.

- Mi-Février 2020 : Coraline arrête la pilule, attend ses règles pour commencer sa stimulation ovarienne avec injection de Gonal + Menopure pendant une dizaine de jours avec contrôle folliculaire par échographie endovaginale.

- 23 février 2020 : Injections de Decapeptyl pour déclencher l’ovulation.

- 24 février 2020 : Prise d’un antibiotique pour la ponction + nuit à l'hôtel en Espagne.

- 25 février 2020 : Ponction des ovocytes prévue à 8h pour Coraline et échographie endovaginale pour la mesure de l'endomètre d’Orianne, tout est parfait.

- Nuit du 25 au 26 février : Cœlioscopie en urgence pour Coraline car elle a fait une hémorragie interne due à la ponction. Une lésion sur l’un de ses ovaires a rempli son abdomen de sang (1% de risque......forcément ! lol) mais tout va bien à présent !

- 2 mars 2020 : 2 embryons de prêts à J+6 après la ponction ! 1 de transféré dans l’utérus d’Orianne et le deuxième de vitrifié

-16 mars 2020 : Prise de sang positive avec un taux de compèt’ ! Obligées d’acheter le soir même un test de grossesse pour marquer encore plus le coup !

NB : la chronologie et notamment le protocole peuvent être différents d’une clinique à une autre, parfois plus lourds encore, parfois plus léger.

Avez-vous des craintes par rapport au vide juridique lié à cette méthode ?

Coraline :

Depuis le départ je sais qu’Orianne portera l’enfant alors j’ai toujours été consciente qu’aux yeux de la loi je ne serais rien. Le fait de devenir la donneuse dans cette grossesse ne m’a rien apporté à ce niveau-là et j’ai su immédiatement que je devrais passer par la case adoption. Ça prête juste à sourire de savoir que ce sont mes gènes mais que le bébé ne sera pas officiellement mon enfant.

Enfin je dis “sourire” mais je reconnais que mes inquiétudes sont grandes par rapport à ça. J’aime Orianne et je sais qu’Orianne m’aime, nous sommes mariées depuis le 11 Janvier 2020 mais je sais aussi que la vie nous réserve des surprises parfois. Alors le fait de ne pas avoir de droit sur cet enfant me terrifie. Je sais à force de suivre des comptes Instagram que les démarches sont longues et parfois, psychologiquement compliquées. Alors j’essaie de m’armer du mieux que je peux pour affronter ce nouveau combat. Rien n’a encore commencé à ce niveau-là évidemment mais j’aimerais déjà que ce soit terminé. J’aimerais que les choses soient plus simples et surtout plus justes. Ce projet bébé, il est né en nous, avec nous, par nous, je trouve ça impensable qu’en 2020 ce ne soit pas encore reconnu et digéré par tout le monde.



Orianne :

Notre 1er combat fut d'économiser, le 2ème d’avoir un “+”et de vitrifier, le 3ème sera de donner naissance à un bébé en bonne santé et le 4ème sera celui de l’adoption ! 
Mes craintes sont les mêmes que bon nombre de familles homoparentales d’aujourd’hui, méthode ROPA ou non, ayant fait une PMA à l'étranger ou une insémination artisanale, nous devrons passer par l’adoption. Où devrais-je dire l’humiliation et la peur.
 Avec la crise sanitaire actuelle, j’ai bien peur que cette loi bioéthique passe à la trappe du mandat du président car il y aura d’autres priorités à venir.


Des conseils à donner pour celles qui sont intéressées par cette méthode ?

Coraline :

Je vous conseille de bien vous armer. Que ce soit pour cette méthode ou une autre. La PMA est un combat qui en cache plein d’autres. Alors, si vous n’avez pas le feeling avec la clinique, fuyez, si vous avez des questions, posez-les, et surtout communiquez entre vous, avec les professionnels et même avec votre entourage, on ne s’en rend pas toujours compte mais la famille, les amis, les amis virtuels etc, sont des soutiens qui font un bien fou.


Orianne :

Je ne pensais pas que ça marcherait du premier coup, car même si ce n’est pas mon embryon j’ai découvert qu’avoir de l'adénomyose pouvait être un problème pour la nidation. Mon objectif était d’avoir la possibilité de vitrifier des embryons (ce qui sous-entend en avoir suffisamment lors de la ponction) afin de ne pas devoir repayer pour recommencer un nouveau parcours ! Avec un embryon vitrifié un TEC (tranfert d’embryon congelé) est moins cher qu’une FIV et tout recommencer après ce que Coraline avait subi aurait été très dur.

Nous avons fait beaucoup de sacrifices pour pouvoir économiser. Ce n’est pas un luxe de faire une ROPA et nous non plus n’avions pas les moyens pour la faire. Nous avons économisé durant plus d’un an et demi, nous avons fait un petit mariage sans robes de mariées, sans toute notre famille et sans voyage de noces, plus de cadeau d’anniversaire et de noël pour nous, et très peu de vacances. Je ne regrette rien car ma première fierté reste le fait d’avoir réussi à économiser sans aucune aide financière de proches ou des banques. La seule aide que nous avons eu et c’est la plus précieuse c’est celle de nos amis et familles. Ils étaient encore plus enjoués que nous, c'était magnifique !


Et maintenant, enceinte de 12 semaines, ils ont trop hâte ! Tout le monde n’est pas au courant encore car on souhaite (même s’ils savent que quelque chose s’est passé depuis) leur faire une surprise tout de même. Alors les meufs, quelle que soit la méthode, vous y avez le droit : le droit d’accès, droit de pleurer, droit de péter un câble, droit d'être heureuse avec un “+”, droit de le dire à vos amis et famille !

Mille mercis Coraline & Orianne de nous avoir partagé avec autant de sincérité votre histoire, on vous souhaite plein de bonheur, une suite de grossesse épanouie, et un beau bébé dans quelques mois...


Si vous souhaitez suivre leurs aventures, n'hésitez pas à les suivre sur leur compte Instagram @daronnes_en_devenir !


Et si vous avez des questions sur la ROPA au Portugal, je peux vous renseigner avec plaisir, écrivez-moi sur Instagram ou par mail via le blog.


A très vite !

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