• Léa

Témoignage - Faire le choix de la maternité en solo

Mis à jour : oct. 5

Aujourd'hui, je suis très heureuse de donner la parole à Anna, qui a fait le choix de la maternité en solo. Nous étions enceintes en même temps, et avons tissé de chouettes liens... J'espère qu'à travers son témoignage inspirant, les femmes dans la même situation qu'Anna trouveront réponses et réconfort, et que les personnes qui ne sont pas concernées comprendront un peu mieux le parcours et les motivations de ces mère-veilleuses femmes, qui décident de se lancer dans la grande aventure de la maternité par elles-mêmes.

Qui es-tu ? De qui est composé ta famille ?

Je m’appelle Anna, j’ai 32 ans et je suis l’heureuse maman solo d’une merveilleuse petite fille âgée de 9 mois et 1/2.


Quelles raisons t’ont poussé à te lancer dans la grande aventure de la monoparentalité ?

Comme pour beaucoup de femmes célibataires qui se lancent dans la grande aventure de la monoparentalité, je crois que ce choix n’est pas un choix de première intention, mais résulte d’un parcours de vie. C’était du moins le cas pour moi. Personnellement, je rêvais non pas d’un prince charmant, mais à défaut, d’une relation stable et d’un homme aimant avec lequel fonder un foyer. Forcée de constater que je n’ai connu que des crapauds. Arrivée à l’aube de mes 30 ans, j’ai péniblement fait un bilan pas super positif de ma vie : seule, salariée en attente désespérée d’un CDI et pas d’accession à la propriété en vue. S’est alors (im)posée LA question qui changerait le cours de mon histoire : qu’est-ce qui est important pour moi ? Qu’est-ce qui compte le plus, me permettra de me réaliser, d’être heureuse dans MA vie ? Qu’est-ce que je regretterais un jour de ne pas avoir fait ou de ne pas avoir vécu ? Et la réponse a été d’une folle évidence : la maternité ! Clairement, je n’avais plus envie de voir la réalisation de ce projet soumise à l’arrivée hypothétique (ou non) de l’Homme dans ma vie. J’avais encore moins l’envie d’attendre 10 ans de plus pour peut-être trouver la bonne personne et finalement me réveiller à la quarantaine, seule, réalisant que Mère Nature n’a pas frappé à ma porte pour me prévenir que ma fertilité déclinait et qu’il était maintenant trop tard pour moi pour concevoir un enfant. J’étais prête et n’avais pas envie d’attendre plus longtemps pour vivre ça. J’ai eu un réel besoin de prendre ma vie en main tant qu’il en était encore temps.


Quel a été ton parcours pour y arriver ?

Une fois ce premier bilan dressé et un début de réponse apporté aux interrogations soulevées a commencé la vraie phase réflexive. Suis-je vraiment capable de mener à bien ce projet ? D’élever seule un enfant pour en faire un adulte épanoui alors que je fais le choix de le priver d’un père ? Ne suis-je pas déjà une mauvaise mère en faisant un choix si égoïste ? La réalité, c’est qu’on est quand même sacrément ancrés dans une société patriarcale, au schéma assez peu flexible, dans laquelle la femme n’est pas l’égale de l’homme et où celle-ci n’est pas autorisée à s’épanouir sans l’aval masculin, en dehors du modèle familial traditionnel qui lui est imposé. Il suffit de regarder nos représentants à l’Assemblée Nationale et au Sénat pour s’en convaincre. Une majorité de ceux qui jugent actuellement de notre droit à accéder à la PMA sont des hommes de plus de 60 ans ! Mais comme ça bouillonne toujours autant dans ma petite tête, est-ce que finalement je ne me raconte pas tout ça pour me convaincre du bien-fondé de ma démarche ? En fait, je crois qu’une future mère qui s’interroge sur le bien-être (ou comme j’aime régulièrement le dire, le bien-naître) de son enfant est déjà sur la bonne voie. Si mon entourage connaissait depuis toujours mon désir de maternité, je leur ai alors fait part de mon projet de monoparentalité. Si cela a d’abord été accueilli comme une idée lancée en l’air, engendrant un peu de méfiance, j’ai toujours pu bénéficier d’une ouverture totale au dialogue, avec mes parents notamment. Ma mère a craint dans un premier temps que je sois dans le rejet du père (n’ayant moi-même pas tout le temps une relation apaisée avec le mien), était préoccupée par mon devenir (amoureux, professionnel, etc ...) et par celui de ce potentiel enfant. Les mois passant, j’ai pu lever une à une leurs inquiétudes, prouvant qu’il ne s’agissait pas là d’un caprice ou d’un coup de tête et montrant que chacun des aspects de cette future vie à deux avait été longuement et mûrement réfléchi. De là, j’ai obtenu le soutien plein et entier de mes parents, le reste de mon cercle familial et amical ayant d’emblée réagi de façon positive à l’annonce de ce projet. Ensuite, il faut savoir que parallèlement à cette phase réflexive et n’étant pas d’une nature très patiente, j’ai pris l’initiative de tracer mes cycles pour les comprendre et savoir précisément quand j’ovulais, de façon à pouvoir passer à l’action dès que la décision serait prise. Au final, j’ai attendu quelques mois de plus que je ne m’y attendais avant de me lancer. Mon neveu de presque 3 ans à l’époque était arrivé dans mes jambes un jour d’Octobre 2018 en me disant « tatie, je t’aiiiime » et j’avais eu un tel pincement au cœur que « tatie » n’ait pas été « maman » que j’ai compris que j’étais prête. Le mois suivant, j’ai épluché les profils de donneurs de la banque de sperme danoise, Cryos International. Tellement de questions autour de ce processus : sur quels critères le choisir, donneur anonyme ou non, profil basique ou détaillé, etc ...? J’ai fait une short-list de mes 3 donneurs préférés que j’ai soumise à mon entourage. Le donneur de ma fille a alors été choisi de façon quasi unanime : il a été comme une évidence pour nous tous ! À la fin du mois, je passais ma première commande et c’est là que la vraie aventure a commencé.


Quels ont été les doutes, les difficultés, les obstacles à surmonter pour toi ? Tant au niveau du processus pour arriver à prendre cette décision, au niveau de la conception et maintenant au niveau de la vie de maman solo.

J’ai toujours été quelqu’un d’assez sûre de mes choix de vie. Pour autant, celui-ci ne pouvait pas se prendre comme ça, sur un claquement de doigt et à défaut d’avoir eu d’immenses doutes, j’y ai accordé beaucoup de réflexion. Pour ce qui est d’arriver à prendre cette décision, comme je le disais plus haut, la monoparentalité n’a pas été un choix de première intention, donc il a d’abord fallu faire le deuil du père. J’aurais vraiment adoré être super amoureuse d’un homme qui me le rendrait bien, qu’on se jette à deux dans l’aventure de la parentalité avec un enthousiasme fou, le voir s’émerveiller de la grossesse, de la naissance et de chacune des étapes de la vie de notre enfant. Et bien, ça ne sera pas pour moi. Ou en tout cas, pas pour cette fois-ci. J’aurais vraiment aimé que ma fille ait un super papa. Mais même si le temps d’un week-end, je me suis dit au début de ma grossesse « oh mon dieu, qu’est-ce que j’ai fait ?! », je peux honnêtement dire que je n’ai aujourd’hui aucun regret. J’ai eu une grossesse parfaite, où j’ai pris librement toutes les décisions et où je n’ai eu personne pour me contrarier dans ma maternité. Et quand je vois autour de moi le nombre de couples qui s’est aimé, qui se sépare et qui se déchire ensuite, y mêlant volontairement ou non, leur(s) enfant(s), je me dis que j’ai pris la bonne décision pour ma famille. Même si je sais que la monoparentalité aura ses propres challenges, je me réjouis de savoir que ma fille n’aura jamais à vivre ça et qu’elle grandira dans un foyer serein, dans lequel elle sera chérie, choyée.


Pour ce qui est de la conception, et si je dois être totalement transparente, étant hétéro, l’idée m’a traversé l’esprit de concevoir cet enfant naturellement, sans l’approbation du géniteur, dans le but de m’épargner le coût non négligeable d’une conception par PMA. Mais j’ai très vite balayé cette idée et cela pour plusieurs raisons. En faisant le choix d’une maternité « atypique », j’ai aussi fait le choix d’être honnête et de dire à ma fille toute la vérité sur sa venue au monde. Avais-je vraiment envie de lui dire que sa maman était une personne (pour le dire poliment) totalement incorrecte, l’ayant conçu dans le dos d’un homme non consentent ? Était-ce vraiment l’image que je voulais lui renvoyer de sa maman (et indirectement d’elle-même) ? Évidemment, non ! Je n’avais pas plus envie de lui mentir pour épargner mon image en lui faisant croire qu’elle était un « accident ». Non, non, non, ma fille a été un bébé désiré, tant par sa maman que par le donneur qui a fait ce qui était nécessaire à sa conception. En fin de compte, le coût de la PMA, c’est le coût de notre tranquillité, puisque jamais un homme ne pourra revendiquer la paternité de ma fille et venir me disputer des droits sur elle. Et puis finalement, la PMA ne m’aura pas coûté si chère que ça. A l’époque, il était encore possible de se faire livrer à domicile par Cryos. Étant infirmière et ayant à la fois les connaissances anatomiques et physiologiques, ainsi que l’accès au matériel nécessaire, j’ai pu réaliser seule, dans le confort de mon appartement, une insémination intra-utérine comme on me l’aurait fait à l’étranger dans une clinique. Je n’ai donc eu à payer que le sperme.

Enfin, pour ce qui est de ma vie de maman solo, et bien je ne suis pas si seule que ça ! Mes parents ont été et sont encore très présents, très soutenants pour nous. Nous avons vécu chez eux les premiers mois après la naissance, de façon à ce que je sois soulagée d’une partie des tâches du quotidien et que je puisse me centrer sur bébé. Au moment où je m’apprêtais à retourner vivre chez moi, le confinement est tombé et nous avons prolongé notre séjour chez eux. Après sept mois où j’ai moi-même pu être cocoonée (et deux mois d’absence quasi totale de solitude), j’ai eu franchement peur de rentrer chez moi, de ne pas être capable de gérer, de me sentir dépassée. Et en fin de compte, rien de tout cela ne s’est produit, aucune catastrophe à l’horizon, nous avons trouvé notre rythme à nous ! Il y a bien sûr quelques (rares) moments difficiles où je me demande comment j’ai pu croire que j’y arriverais seule, mais ces moments disparaissent aussi vite qu’ils sont venus. J’ai aussi la chance d’avoir des amies extraordinaires, qui ont été présentes pour moi, qui m’ont proposé leur aide et qui, par leur écoute, m’ont permis de me focaliser sur l’essentiel. En tant que mères, nous puisons dans des ressources que nous ne soupçonnions même pas lorsqu’il s’agit de se dépasser pour nos enfants ! Le plus dur reste pour moi le manque de sommeil, mais c’est comme pour tout, on s’y fait. Sinon, sans que cela soit des questions prédominantes actuellement, je m’interroge sur l’organisation et l’aspect financier de la garde de ma fille dès lors que j’aurais repris mon activité professionnelle, avec ses horaires décalés, avec au besoin la possibilité de changer d’orientation, ainsi que sur mon désir, à moyen terme, d’avoir un deuxième enfant. J’ai peur que ma fille souffre de solitude le jour (lointain, je l’espère) où je viendrais à décéder, si elle est fille unique. En ayant un deuxième enfant, je me dis qu’ils auraient l’un et l’autre toujours une personne sur laquelle compter à leur côté.

Quels conseils peux-tu donner aux femmes souhaitant également devenir mère en solo ?

Il est compliqué de donner des conseils sur le sujet, chacune arrivant avec son histoire, son vécu. Cependant, mon parcours m’a conduit à côtoyer plusieurs femmes souhaitant emprunter le même chemin que moi vers la maternité. Certaines ont accueilli un enfant depuis, certaines tentent encore désespérément de tomber enceinte, certaines en sont au stade de la planification, d’autres encore ont laissé tomber après une ou deux tentatives infructueuses parce que ça n’était finalement pas une priorité pour elles. J’en retiens à minima ces deux choses : ne pas se lancer dans l’aventure trop tard car la fertilité de la femme est incertaine passé 35 ans, et un bébé n’est pas un chien, c’est un engagement pris pour la vie, qui mérite que l’on soit certaine d’être prête pour ce bouleversement. Sans volonté de juger de la validité d’un tel projet, je crois qu’il mérite néanmoins beaucoup de réflexion et de stabilité. Si vous êtes prêtes à vous sacrifier et à donner sans compter à un petit être totalement dépendant de vous, alors foncez ! Écoutez votre instinct, faites-vous confiance, ne laissez pas la peur guider vos décisions, parlez, planifiez, faites-vous accompagner. Solo ne veut pas dire solitaire. Trouvez les soutiens dont vous avez besoin dans votre parcours, qu’ils soient famille, amis, médecins ou autres. Nous sommes capables de soulever des montagnes pour nos enfants, vous y arriverez ! Sachez que ce parcours, et notamment la conception, peut être difficile. Mais la récompense est ô combien gratifiante. Et ce bonheur, on le mérite. Ma fille illumine ma vie, elle est mon plus bel accomplissement, ma plus grande réussite, ma plus grande fierté ... ce que je ne cesse de lui répéter chaque fois que je la couche.


Et pensez à acheter un porte-bébé, ça sera un précieux allié ! :) 

Merci encore à Anna pour ce témoignage beau et sincère !


Si vous des questions, des interrogations sur ce statut de maman en solo, ou des remarques, n'hésitez pas à laisser un commentaire en-dessous de cet article ou sous mon post Instagram (@leacr).


Sachez aussi que maintenant que passer par Cryos à domicile n'est plus une option en France, je peux vous renseigner sur les formalités pour une PMA en solo au Portugal, j'ai déjà aidé de nombreuses mamans, qui sont pour la plupart enceintes aujourd'hui :) Ecrivez-moi !


A très vite !

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