Comment se déroule le RDV psychologue en parcours PMA en France ?
- Léa

- 11 mars 2023
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 mars
Le rendez-vous psy obligatoire en parcours PMA en France — à partir du moment où l'on reçoit un don de gamètes, et c'est souvent celui qui inquiète le plus. On ne sait pas trop à quoi s'attendre, on a peur d'être jugé·e, on se demande si on peut vraiment "rater" cette étape. J'ai voulu répondre à ces questions sérieusement, alors j'ai demandé directement à quelqu'un qui le vit de l'intérieur.
Je te laisse donc avec Joséphine Klinkenberg, psychologue clinicienne diplômée et psychothérapeute en centre de PMA en France, qui répond à toutes les questions qu'on se pose — et à celles qu'on n'ose pas forcément poser.

📝 Note importante avant de lire : comme souvent avec la PMA en France, il n'y a pas d'harmonisation des pratiques d'un centre à l'autre. Ce que Joséphine décrit ici correspond à son centre — les choses peuvent être sensiblement différentes ailleurs. Mais les grandes lignes restent valables.
Quel est le but de l'entretien psychologique obligatoire en amont d'un parcours PMA en France ?
"Je vais répondre aux questions par rapport au centre d'AMP dans lequel je travaille, car chaque centre, qu'il soit privé ou public, a sa propre prise en charge.
Ici, nous suivons les recommandations de l'ARS (Agence Régionale de Santé) qui recommande au moins deux consultations avec un psychologue et/ou psychiatre lorsque la femme seule ou le couple fait appel à un don — que ce soit un don de sperme ou d'ovocytes.
Pour ma part, le but de l'entretien est une discussion avec le couple durant laquelle je fais de la psychoéducation à l'AMP : nous reprenons ensemble les différentes méthodes, les traitements et leurs effets secondaires, la question du don de gamètes, ainsi que les chamboulements tant physiques que psychologiques qu'amène un parcours PMA.
Je ne suis pas là pour poser un jugement — mais pour évaluer que le couple ou la personne soit en accord avec cette demande et avec le processus que ce parcours demande."
Est-il obligatoire dans toutes les situations — pour les couples hétéros, lesbiens et les femmes en solo ?
"Les recommandations de l'ARS stipulent bien que dès lors qu'il y a un don de gamètes, un rendez-vous avec un·e psychologue et/ou psychiatre est requis — quelle que soit l'orientation sexuelle ou le statut.
Dans le centre où je travaille, nous appliquons cette règle afin d'éviter toute discrimination. Certains centres proposent un seul rendez-vous, d'autres plus. Ici, nous demandons deux rendez-vous afin d'apprendre à connaître les patient·es pour mieux les accompagner — et parfois davantage dans certaines situations, ce qui reste peu fréquent."
L'entretien psy a-t-il un déroulé type commun à l'ensemble des psychologues PMA en France ?
"À ce jour, il n'y a pas de déroulé type."
Comment se déroule-t-il dans ton centre ? Les thématiques abordées ?
"Je ne peux pas donner d'exemple type de questions pour des raisons d'éthique et de déontologie.
Pour ma part, l'entretien est plus une discussion. Nous abordons des thématiques comme le désir d'enfant, les antécédents psychologiques, la projection liée à la maternité / paternité… J'apporte aussi beaucoup d'informations sur le déroulé de la prise en charge, mais aussi au niveau juridique — l'acte notarial, par exemple.
Je fais également de la réassurance lorsque le couple ou la personne a connu des échecs à l'étranger, ou de la psychoéducation si la patiente souffre d'une pathologie gynécologique comme le SOPK ou l'endométriose.
Je suis aussi là pour faire le lien avec l'équipe. Par exemple, si la personne qui souhaite porter l'enfant a vécu des violences ou a des difficultés dans la relation de soin, nous prenons en compte ces données pour nous ajuster au mieux — pour que la prise en charge ne soit pas douloureuse, ni physiquement ni psychologiquement."
Le ou la psychologue peut-iel émettre un avis défavorable et bloquer le parcours PMA ? Quelles en seraient les raisons ?
"Dans le centre où je travaille, il y a deux rendez-vous obligatoires — et nous sommes deux psychologues, donc les couples nous voient toutes les deux. Cela permet qu'une décision ne repose pas sur un·e seul·e professionnel·le, et d'avoir deux regards différents sur des situations de vie parfois complexes. C'est ensuite en équipe pluridisciplinaire que nous prenons la décision — gynécologues, biologistes, généticien·nes, psychologues, psychiatres.
Les refus sont possibles mais très peu fréquents. On ne parle pas vraiment de refus catégorique, plutôt d'un accord différé. Par exemple, dans un cas d'alcoolisme chronique, nous demanderons d'abord une prise en charge et une stabilité avant de valider. Idem pour une personne avec des idées suicidaires, des hallucinations ou d'autres symptômes complexes non stabilisés.
Et sans parler de symptômes : si nous percevons que le désir d'enfant n'est pas pleinement partagé au sein du couple — que l'un·e s'engage dans ce processus par amour sans que ce soit vraiment son désir — nous souhaitons aussi travailler en amont avant de valider l'entrée en parcours."
Sur quoi réfléchir en amont pour être bien préparé·e ?
"Je pense qu'il ne faut pas préparer l'entretien — mais être authentique. Si tu souffres d'une maladie ou d'un trouble psychologique, ce n'est pas un problème pour l'AMP tant que tu es stabilisé·e. Si tu prends un traitement — antidépresseur, anxiolytiques — n'hésite pas à en parler : ce n'est pas un motif de refus, et ça nous permet au contraire de nous adapter à toi dans la prise en charge.
Je sais que tous les professionnel·les n'ont pas ce regard de bienveillance et de non-jugement — mais c'est ainsi que je travaille et que je pense qu'on devrait fonctionner. La consultation n'est pas là pour donner uniquement un avis : c'est aussi un moment d'échange, d'écoute et de soutien.
Reste toi-même. Sois honnête et authentique. Il n'y a rien de pire pour une équipe que de découvrir un mensonge — ça peut braquer tout le monde."
Un mot pour les personnes qui appréhendent ce rendez-vous ?
"C'est tout à fait normal d'avoir de l'inquiétude et du stress pour ce rendez-vous. Oui, il existe des professionnel·les pas forcément bienveillant·es — mais il y a aussi des psychologues et psychiatres très humain·es, très tolérant·es, sans jugement. Nous sommes là pour vous accompagner avant tout, et vous aider dans ce magnifique projet.
Tu as aussi le droit de dire au psychologue que ce rendez-vous te stresse, que ce n'est pas évident de venir expliquer cette demande. Le verbaliser permet d'extérioriser les émotions. Tu n'es pas là pour donner toute ton histoire de vie — il n'y a pas d'obligation à tout dire, seulement à répondre aux questions avec authenticité."
Merci à Joséphine Klinkenberg, psychologue en centre de PMA en France, pour ses réponses précieuses.
Le rendez-vous psy en parcours PMA, c'est souvent celui qu'on redoute le plus — et pourtant, comme Joséphine le rappelle, c'est avant tout un espace d'échange et de soutien, plus qu'un examen à réussir. Le meilleur conseil qu'elle donne ? Être authentique.
💡Est-ce que toi tu as déjà vécu ce rendez-vous ? Bonne ou moins bonne expérience — partage ton expérience, ça peut vraiment aider celles et ceux qui s'y préparent.
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