Comment choisir qui porte l'enfant dans un couple lesbien ?
- Léa

- 20 août
- 5 min de lecture
Dans un couple de femmes — ou dans tout couple où deux personnes ont un utérus — la question de qui porte la grossesse peut sembler anodine de l'extérieur. Et pourtant, elle est parfois l'une des plus faciles ou des plus complexes à trancher. Envie, âge, fertilité, situation professionnelle, histoire personnelle… les paramètres sont nombreux, et la réponse n'est pas toujours évidente. Voilà un tour complet de la question pour t'aider à y voir plus clair.

Dans cet article, je passe en revue tous les critères à prendre en compte pour décider qui porte la grossesse — et comment avancer quand la décision est difficile à prendre.
💡 Une note avant de commencer
Cet article s'adresse à toute personne ou couple dans lequel au moins deux personnes ont un utérus et envisagent une grossesse — couples lesbiens, couples incluant une personne trans ou non-binaire. Et si tu es un homme trans avec un utérus fonctionnel et que l'envie de porter une grossesse est là : ne te l'interdis pas. C'est possible, et c'est une trajectoire légitime et belle. Je développe largement ce sujet dans mon livre Familles queer : parentalités mode d'emploi.
1 — L'envie et le désir de porter
Le premier critère, c'est souvent le plus simple : l'un·e des deux a envie de porter, l'autre non — ou beaucoup moins. Si c'est ton cas, la décision est déjà prise, et c'est une vraie chance.
Mais ce n'est pas toujours aussi tranché. Certaines personnes ont une envie forte de porter sans savoir vraiment pourquoi — et c'est là que ça vaut la peine de creuser un peu. Est-ce que c'est l'expérience de la grossesse en elle-même qui attire ? Le lien physique avec l'enfant ? Ou est-ce qu'il y a derrière cette envie une croyance plus profonde sur ce que signifie "être vraiment parent·e" — on en reparle plus bas.
2 — L'âge
L'âge est un facteur objectif qui entre souvent en jeu. La fertilité diminue avec le temps — et si l'un·e des deux partenaires est significativement plus âgé·e que l'autre, il peut être pertinent qu'iel porte en premier, indépendamment des envies de chacun·e.
Ce n'est pas forcément la décision la plus romantique — mais c'est parfois la plus sage d'un point de vue médical.
3 — Le bilan de fertilité
Mais l'âge n'est pas toujours le facteur le plus déterminant, certaines personnes pourtant jeunes peuvent se trouver en situation de ménopause précoce par exemple. Alors avant de décider qui porte, il peut être très utile que les deux partenaires passent un bilan de fertilité. Réserve ovarienne, qualité des ovocytes, morphologie utérine — ces données objectives peuvent orienter la décision de façon claire, surtout quand les envies sont équivalentes.
Un bilan de fertilité, ça se fait chez un·e gynécologue ou dans un centre PMA, et ça peut éviter beaucoup de tâtonnements.
4 — Les situations médicales, génétiques et de santé
Certaines situations médicales ou génétiques peuvent orienter — voire imposer — le choix. Une maladie chronique, un trouble auto-immun, une condition génétique transmissible, un antécédent chirurgical utérin, certains handicaps… autant de paramètres à évaluer avec un·e médecin avant de décider.
De même, si l'un·e des deux est porteur·euse d'une mutation génétique à risque (type BRCA par exemple), il peut être pertinent d'en tenir compte — à la fois pour la grossesse et pour la question de qui donne ses ovocytes si on envisage la ROPA.
5 — La situation professionnelle et la disponibilité
La grossesse et les premiers mois avec un enfant ont un impact réel sur la vie professionnelle. Selon les métiers, les contrats, les projets en cours, la stabilité financière de chacun·e — ces éléments peuvent jouer un rôle dans la décision.
Une personne en période d'essai, en freelance sans filet, ou dans un métier physiquement exigeant n'est pas dans la même situation qu'une autre en CDI stable. Ce n'est pas le critère le plus glamour, mais c'est un critère réel.
Et si tout·es les deux veulent porter ?
C'est là que ça se complique — et c'est beaucoup plus fréquent qu'on ne le pense. Avant de tenter de trancher au chifoumi, ça vaut la peine de se demander pourquoi cette envie est si forte pour chacun·e.
Est-ce que c'est l'expérience de la grossesse en elle-même — sentir l'enfant grandir, accoucher, allaiter peut-être ? C'est une envie légitime et profonde, qui mérite d'être entendue.
Ou est-ce qu'il y a derrière une croyance implicite qu'on n'est "vraiment" parent·e que si on porte, ou si on est lié·e génétiquement à l'enfant ? C'est une croyance très répandue — et très compréhensible dans une société qui a longtemps défini la parentalité uniquement par le biologique. Mais elle mérite d'être questionnée, parce qu'elle peut générer beaucoup de souffrance inutile.
💡 Je vous recommande dans ce cas-là de consulter un·e thérapeute de couple pour dénouer ce sujet, il suffit parfois de 2 ou 3 séances pour y voir beaucoup plus clair et aborder son parcours de conception sereinement.
Les compromis possibles
La méthode ROPA
Si tout·es les deux tiennent à être impliqué·es dans la conception, la méthode ROPA permet à l'un·e de donner ses ovocytes et à l'autre de porter la grossesse. C'est une façon de partager l'expérience — l'un·e est lié·e génétiquement à l'enfant, l'autre le porte.
J'explique cette méthode dans le dossier ultra détaillé à ce sujet sur Maison Mère.s.
📌 La ROPA n'est pas autorisée en France, si tu veux des recommandations de cliniques de confiance en Europe qui la proposent, n'hésite pas à me contacter directement.
L'une porte le premier, l'autre le second
C'est une option séduisante — et elle fonctionne pour beaucoup de couples. Mais attention : il faut en avoir conscience, les plans de vie changent. Après un premier enfant, on peut réaliser qu'on ne souhaite finalement pas en avoir un deuxième. Ou que le premier se transforme en jumeaux. Ou que la situation financière, professionnelle, ou médicale a évolué entre temps.
Cette option peut être un bon compromis — à condition de ne pas la poser comme une promesse gravée dans le marbre, mais comme une intention à réévaluer le moment venu.
⚠️ Dans tous les cas : si la personne qui ne porte pas envisage une grossesse future, la congélation d'ovocytes est fortement recommandée dès maintenant. La réserve ovarienne diminue avec le temps — ne pas attendre que le projet soit certain pour agir. J'en parle dans ce dossier dédié sur Maison Mère.s
✦ Pour aller plus loin
Les grossesses trans, les parcours de personnes non-binaires, celles des couples lesbiens et toutes les configurations de parentalité queer qui sortent des sentiers battus — c'est une grande partie de ce que je développe dans mon livre Familles queer : parentalités mode d'emploi.
Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse à cette question — il y a celle qui correspond à votre situation, à vos corps, à vos envies et à vos valeurs à tout·es les deux. Ce qui compte, c'est de prendre le temps d'en parler vraiment, sans supposer que l'autre pense comme toi.
Et chez toi, comment vous avez tranché — ou comment tu es en train d'y réfléchir ? Partage en commentaire, c'est un sujet dont on parle encore trop peu.
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