• Léa

Témoignage - Être l'enfant de deux Mamans

Mis à jour : oct. 5

Aujourd’hui, je suis heureuse de vous partager le témoignage de Lou, qui a deux mamans ! Grâce aux questions que vous lui avez posé via mon compte Instagram, j’ai pu l’interroger sur son ressenti d’enfant issu d’une union homoparentale, avec son recul d’adulte. J’espère que ses réponses pourront en rassurer certaines, et vous donner confiance en vous et en l’avenir pour vos enfants… Bonne lecture !


Qui es-tu et dans quelle famille as-tu grandi ?

Je suis Lou, j’ai 31 ans, maman de 2 petites princesses, et je suis née dans une famille “atypique” à l’époque : composée de 2 mamans, mon frère et moi.

J’ai grandi dans une famille très aimante, sans VEO, avec peu d’argent mais très bienveillante. Mes mamans se sont séparées alors que j’étais très petite mais sont restées très proches et nous ont élevées main dans la main, nous avons fait tous les Noëls tous ensemble. Elles n’ont peut-être pas “réussi leur couple” mais elles ont réussi leur séparation (et leurs enfants haha).


Comment as-tu évolué dans une famille homoparentale ?As-tu parfois eu des craintes ? En as-tu souffert un jour ? Ou au contraire t’es-tu sentie riche de cette différence ?

Petite je ne remarquais même pas que mon histoire était différente des autres, et pourtant elle l’était puisqu’il y a plus de 30 ans il était rare de rencontrer des familles homoparentales. Enfant bizarrement (ou non) j’avais plus “honte” de nos manques de moyens et des voitures (toutes pourries) de ma mère que de notre schéma familial atypique, comme la plupart des enfants finalement.


Puis vient l'adolescence… Alors encore une fois il faut remettre les choses dans leur contexte, à cette époque, et à l'âge où on commence à avoir un avis sur tout (et pas toujours très réfléchi) : j’étais la nana populaire, qui avait de supers notes mais qui pourtant traînait avec les “Bad boys” et malheureusement avec des jeunes pas toujours très bienveillants pour qui l’apparence était le plus important. Du coup, pour rentrer dans le moule je ne parlais pas de ma famille, parfois je mentais. Et ce n’est pas d’avoir deux mamans qui m’a fait souffrir à ce moment-là mais seulement le fait de m’enfermer dans des mensonges.


Mon frère, lui, n’a jamais eu de problème, je ne sais pas si justement c’est le fait de tout assumer qui faisait que tout était plus facile ou si c'était parce qu’il faisait partie des “babas cools” et donc que ses fréquentations étaient plus ouvertes …

En tout cas, quand j’en ai eu marre de me “cacher” alors qu’il n’y avait rien à cacher, tout a été plus simple, et au final je n’ai jamais eu de réflexions désobligeantes ou de regard de travers.


Au contraire chaque fois que je présente mes mamans ou parle de mon histoire on me dit très souvent “wow mais c’est super !” “t’as de la chance”.

Aujourd’hui je me sens riche de cette différence. Bon, il faut dire que mes mamans m’ont beaucoup facilité la vie en étant des mamans super cools, super ouvertes, que tout le monde sans exception adore !


Comment ta famille a-t-elle été perçue par les personnes extérieures durant ton enfance et ton adolescence ? Comment as-tu vécu le regard des autres ?

J’en parle déjà un peu dans la question précédente, le seul petit point noir serait l’adolescence. Mais en fait je crois que les regards des autres nous blesse que si on cherche à y voir quelque chose. Si nous n’avons besoin d’aucun “accord” de la part de ces regards, de ces étrangers, alors aucun ne peut nous atteindre …

C’est comme avec l’allaitement par exemple, je n’ai jamais eu de regard de travers parce que je n’ai jamais laissé l’opportunité à un étranger de croire que j’étais gênée ou que je n’assumais pas cet acte (et surtout de penser que j’avais besoin de son aval ou de savoir ce qu’il en pensait).


Avec mes mamans c’est pareil, à partir du moment où j’assumais, fièrement, l’histoire de ma famille, je n’en ai plus jamais souffert. J’ai des copines qui ont moins bien vécu l’âge de leurs parents par exemple (plus avancé que les autres) ou simplement des amis qui étaient mal dans leur peau pour toute autre raison… Il y aura toujours quelque chose, au final, si on accorde de l’importance au regard des autres.

Bon je m'égare un peu, mais pour répondre succinctement, enfant et adulte tout roule, adolescente j’en ai un peu souffert. C’était tellement peu banal que le regard des autres étaient peut-être simplement de l’étonnement. Je pense que c’est différent aujourd’hui.

Je tiens à préciser que je n’ai en tout cas JAMAIS souhaité que les choses soient différentes.


As-tu un jour ressenti le manque d’un père ?

Je vais être plus brève que pour les autres réponses : jamais !

Je n’ai absolument jamais manqué d’un père, jamais manqué d’une figure paternelle. A l'école quand les autres préparaient des cadeaux pour la fête des pères par exemple, je prenais plaisir à le faire et je l’offrais une année à ma “deuxième” maman, et une année à mon frère. Je ne sais pas pourquoi, depuis toute petite j’ai voulu faire ça, peut-être que pour moi elles étaient là mes “figures paternelles”.


Le donneur était-il connu ? Si non, comment le vis-tu ? Le recherches-tu ?

Le donneur est inconnu, personne ne sait qui il est, à part le médecin qui a inséminé ma maman biologique. On sait juste que c’est le même pour mon frère et moi (bien qu’on s’en fiche au final). C’était illégal à l’époque d’aider un couple homosexuel (non marié et sans problème de fertilité). D’ailleurs ma maman était enceinte du premier coup à chaque fois ! Donc je ne sais même pas si il me serait possible de le rechercher, si il existe des traces de cet “acte” mais je n’en ressens pas le besoin (et mon frère non plus).


Quelle relation entretiens-tu avec ta maman non biologique ?

Nous sommes très proches avec ma maman non biologique. Comme la plupart du temps lors d’une séparation les enfants restent avec la maman (je ne trouve d’ailleurs pas ça justifié dans tous les cas…) et en effet on est resté vivre avec notre mère biologique, d’un commun accord entre elles, mais nous passions tous les week-ends chez notre maman non biologique, mais aussi des vacances, et tout un tas de moment tous ensemble puisque nous formons toujours une famille très unie. Nous ne voyons presque pas la famille de ma maman biologique, par contre nous sommes pour toutes les occasions avec la famille de ma “deuxième” maman. Mes cousins, cousines etc., ce sont eux.


J’ai une relation différente avec chacune de mes mamans mais il n’y en a pas une “plus importante” que l’autre. Les deux sont mes piliers. Mon frère a même vécu avec notre maman non biologique pendant plusieurs années (de 20 ans à 25 ans environ, pour ses études et le travail) alors que moi je me suis expatriée à l’autre bout du monde.

Nous avons très souvent été en vacances chez elle avec plein de copains. Chez elle, c’est la maison de l’amour !


La seule chose qui nous manquait c’était une reconnaissance, car sur papier elle n’était “rien” … rien d’officiel ! Mais c’était sans compter sur l’amour et la force d’une maman pour ses enfants : elles se sont mariées l’année dernière (quand je vous dis qu’elles ont réussi leur séparation, en meilleur terme y’a pas !) pour que notre maman non biologique puisse nous adopter ! Et nous avons reçu le verdict du juge il y a un mois : C’est officiel, nous avons deux mamans !!!


Maintenant que tu es Maman à ton tour, peux-tu nous parler de la relation de tes filles avec leurs grands-mères ?

Leur relation est magique. Je ne suis pas proche de mes grands-parents, et mon conjoint lui n’a plus ses grands-parents, donc je ne savais pas trop à quoi m’attendre comme relation entre mes filles et leurs grands-parents.

Mais elles les aiment tellement, elles sont si complices ! Nous sommes expatriés, notre première fille est née à l’autre bout du monde, mes mamans sont venues ensemble pour sa naissance et sont restées un mois à choyer ce petit bébé. La deuxième est née à l'étranger aussi mais beaucoup plus près. Elles sont encore venues ensemble pour la naissance, et elles viennent dès qu’elles peuvent. Pour ma maman non biologique c’est simple, plus de 2 mois sans voir ses poupées c’est trop ! Chacune des grand-mères a son petit surnom. Ma plus grande fille les réclame tout autant toutes les 3 (avec la maman de mon conjoint ça fait 3 grands-mères !), la petite ne parle pas encore mais est très proche d’elles aussi. Ma grande me dit que j’ai de la chance d’avoir 2 mamans, que c’est trop chouette !

Merci Lou pour ces réponses pleines de sincérité et d’amour (on le sent en te lisant !).


Capucine & moi aimerions élever notre fille dans le même esprit que les Mamans de Lou, dans la fierté, et en assumant pleinement qui elle est et sa famille. Il n’y a aucune honte à avoir, et nous sommes persuadées que si l’on transmet une image un peu fébrile de ce que l’on est à nos enfants, cela ne peut créer que des failles en eux, que les autres repèreront tout de suite et n’auront pas de mal à utiliser…


Nous essaierons donc de donner les arguments et les armes nécessaires à Liv pour expliquer aux sceptiques la façon dont elle vit et pour l’aider à inculquer aux autres un peu d’ouverture d’esprit. Mais nous sommes très confiantes pour l'avenir !


Pour retrouver Lou & sa petite famille, vous pouvez la suivre sur son compte Instagram : @lou_aya_leni


A très vite !

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